Greboca  

DLFP - Dépêches  -  Systèmes d’exploitation pour téléphones — partie 2 : La lignée Maemo 🔒

 -  Décembre 2018 - 

Deuxième dépêche sur les systèmes d’exploitation (plus ou moins) libres pour téléphones. Décortiquons les projets Maemo et MeeGo chez Nokia, le rapprochement raté avec Microsoft, la reprise par la communauté avec l’éclosion du projet fédérateur Mer, la continuité Tizen, l’espoir suscité par Sailfish OS et, pour finir, le système d’exploitation libre Nemo Mobile. 🔒📱😍

Deux développeuses utilisent toujours leurs bons vieux téléphones

Les dépêches :

  1. Les premières initiatives ☎😍
  2. La lignée de Maemo à Nemo 🔒   ← Vous êtes ici
  3. Le Libre sur la planète Android 🤖💚
  4. La saga Firefox OS 🦊🚀
  5. Ubuntu sur ordi et téléphones 🖥️📲
  6. D’autres projets récents 🌍
  7. Le frein des brevets logiciels 🤓
  8. Conclusion, synthèse des commentaires 🤷

Tout est réuni dans un seul article disponible sur deux dépôts Git miroirs : Framagit et GitHub.

Tu peux nous aider pour les dépêches en cours de rédaction. 📳💟
Une fois publiées, les dépêches LinuxFr.org restent figées.
Néanmoins, les dépôts Git pourront accepter tes suggestions d’amélioration 🐔 pendant de nombreuses années. \_^-^_/

Sommaire

Maemo

Logo de Maemo

En 2005, Nokia publie sa première distribution GNU/Linux (dérivée de Debian) dont l’interface graphique Hildon (un GNOME allégé) utilise le gestionnaire de fenêtres Matchbox et utilise GTK+.

Nokia 770     Internet Tablet OS 2005 (OS2005)
                |
Nokia N800    Internet Tablet OS 2006 (OS2006)
                |
Nokia N810    OS2007  
                |
              OS2008 (Maemo4)
                |
Nokia N900    Maemo 5  

Nokia stimule la communauté libre avec maemo.org. Son premier produit, le Nokia 770, est même présenté en avant première au JdLL 2005. Des applications GNU/Linux sont facilement portées comme, par exemple, Tux Paint.

Dates clefs :

  • novembre 2005 – Tablette Nokia 770 (360 €) avec OS2005, puis OS2006 ;
  • janvier 2007 – Tablette Nokia N800 avec OS2006 ;
  • novembre 2007 – Ordinateur de poche Nokia N810 OS2007, puis Maemo 4 ;
  • novembre 2009 – Smartphone Nokia N900 (650 €) avec Maemo 5 (et un début de Qt).

Le N900 a tellement été apprécié (bien mieux que les Nokia sous Windows) qu’une entreprise propose de fabriquer son successeur : le Neo900 (480 €).

MeeGo, le mariage

MeeGo est la fusion des projets Maemo (Nokia) et Moblin (Intel) afin de mutualiser leurs investissements. Les deux ancêtres utilisent des interfaces graphiques basées sur GTK+. MeeGo bénéficie d’une nouvelle interface graphique, Handset qui est cette fois‐ci basée sur Qt. Nokia profite alors de l’expertise Qt Extended acquise deux ans plus tôt. Handset reste aussi compatible avec les applications GTK+ de Moblin. Pour utiliser la centaine d’applications Maemo, une application Hildon doit être installée par l’utilisateur.

Pour rappel, Moblin avait été développé à l’origine pour le processeur Intel Atom qui équipait de nombreux netbooks, très à la mode à l’époque. Moblin signifie Mobile linux. Cela permettait aussi à Intel de mettre la pression à Microsoft pour que Windows 7 fonctionne sur les processeurs Intel Atom.

     Qtopia   →     OPIE
   (Trolltech)   (Communauté)
        |
  Qt Extended → QtEI → QtMoko
    (Nokia)      (Communauté)
        \
  Maemo  \       Moblin 
 (Nokia)  \     (Intel)
     \_____\______/
           |
         MeeGo
    (Nokia et Intel)

Mascottes de MeeGo

Dates clefs :

Les N9 (600 €) et N950 (jusqu’à 2 000 € sur eBay) étaient considérés largement supérieurs aux téléphones de l’époque. Pour l’occasion, l’application de navigation Ovi Maps (Maemo) avait été renommée HERE WeGo (wego.here.com). Intel et Nokia ont investi un milliard de dollars US dans MeeGo.

Dans sa note interne sur la plate‐forme pétrolière en feu, le PDG de Nokia expliquait que les concurrents ne piquent pas leurs parts de marché avec des téléphones, mais avec un écosystème. Apple et Google ont chacun réussi à créer un écosystème avec un magasin d’applications, des développeurs, du commerce électronique, des revenus, de la publicité, des applications sociales, des services de géolocalisation…

Mer, descendance communautaire

Logo du projet Mer

Ce projet a débuté en 2011 et correspond à la bifurcation (fork) de MeeGo par la communauté.

     Qtopia   →     OPIE
   (Trolltech)   (Communauté)
        |
  Qt Extended → QtEI → QtMoko
    (Nokia)      (Communauté)
        \
  Maemo  \       Moblin 
 (Nokia)  \     (Intel)
     \_____\______/
           |
         MeeGo
    (Nokia et Intel)
           |
          Mer
     (Communauté)

Le projet communautaire est toujours très actif, et cherche à faire le pont entre les projets Tizen et Sailfish OS.

Tizen, descendance industrielle

Logo de Tizen

Tizen est officiellement un projet issu et soutenu par la Linux Foundation, à l’instar de son prédécesseur MeeGo. C’est principalement Samsung qui porte financièrement ce projet.

     Qtopia   →     OPIE
   (Trolltech)   (Communauté)
        |
  Qt Extended → QtEI → QtMoko
    (Nokia)      (Communauté)
        \
  Maemo  \       Moblin 
 (Nokia)  \     (Intel)
     \_____\______/
           |
         MeeGo
    (Nokia et Intel)
         /      \
      Mer        Tizen
 (Communauté)  (Samsung)

Samsung souhaite intégrer Tizen sur ses produits afin de contourner les limitations d’Android, les contraintes de Google et récolter sans doute une part du gâteau de la vente d’applications.

Tizen est utilisé sur différentes montres de la marque coréenne. Et Samsung commercialise aussi des téléphones bas de gamme sous Tizen, les Z1 (2015), Z3 (2015), Z2 (2016), Z4 (2017), vendus essentiellement en Inde et au Bangladesh. Le Z1 a été vendu à un million d’exemplaires, ce qui est une petite percée assez rare pour un système alternatif.

En 2017, pour doper l’attractivité du système, Samsung organise un concours avec des gains financiers importants pour les meilleures applications produites pour l’occasion.

Si Tizen est pour le moment discret dans nos contrées, il a le mérite de progresser régulièrement et d’être soutenu par un grand constructeur qui place déjà ce système un peu partout, même en Europe (montres et téléviseurs). Le téléphone sera sans doute le dernier, et le plus délicat palier à franchir.

Sailfish OS, un nouvel espoir

Sailfish OS est la continuité de MeeGo par des anciens salariés de Nokia.

     Qtopia   →     OPIE
   (Trolltech)   (Communauté)
        |
  Qt Extended → QtEI → QtMoko
    (Nokia)      (Communauté)
        \
  Maemo  \       Moblin 
 (Nokia)  \     (Intel)
     \_____\______/
           |
         MeeGo
    (Nokia et Intel)
         /      \
      Mer        Tizen
 (Communauté)  (Samsung)
       |
  Sailfish OS
    (Jolla)

Logo de Sailfish OS

Jolla vend des appareils sous Sailfish OS

En février 2011, lorsque le PDG de Nokia publiait sa note interne dans laquelle il comparait Nokia à un homme sur une plate‐forme pétrolière en feu avec le choix de sauter dans l’eau glacée ou de périr dans les flammes, il ne peut empêcher la commercialisation du Nokia N9 à cause d’une obligation contractuelle avec Intel. Mais il annonce, à la surprise générale, l’annulation du projet MeeGo, quel que soit son succès. Bien qu’il ait essayé de saborder sa commercialisation avec plusieurs limitations, comme le choix de pays dont la population est peu intéressée, le N9 est un vrai succès.

En octobre 2011, c’est‐à‐dire à peu près au moment où un haut dirigeant de Microsoft est nommé CEO de Nokia, des salariés de Nokia ont profité de l’aide à la création d’entreprise pour des départs volontaires (25 000 €), et c’est dans ces conditions qu’une partie de l’équipe MeeGo a quitté Nokia pour fonder l’entreprise Jolla, qui signifie dinghy (ou canot de sauvetage), une petite embarcation de quelques mètres, en référence au saut dans l’eau glacée.

Bien que la direction de Nokia ait définitivement abandonné MeeGo, celle‐ci ne permet pas à Jolla de récupérer les composants non libres : l’environnement graphique Harmattan et ses applications. Par conséquent, une nouvelle architecture est conçue en collaboration avec la communauté Mer. Malheureusement, Jolla a le même comportement que Nokia et ne publie pas le code source du nouvel environnement graphique. Le nouveau système d’exploitation s’appelle Sailfish OS et partage ses composants libres avec le projet Mer.

Dès 2011, la Sailfish Business Alliance (SBA) est créée pour rapprocher les entreprises souhaitant que Sailfish OS devienne une alternative à Android et iOS (fabricants, revendeurs, opérateurs, développeurs…). C’est dans l’esprit de la OHA (Android), mais sans aucune obligation. Des restos sont même organisés les premiers et troisièmes jeudis de chaque mois, où chacun paye sa part (le budget SBA est minimal).

La marque Jolla ne décollera pas malgré des points positifs :

  • le soutien de Nils Torvalds, père de Linus Torvalds, en 2013 ;
  • la totalité de la production du premier smartphone (2013) est vendue, probablement 50 000 exemplaires, mais la masse critique n’est pas atteinte ;
  • le succès du financement participatif pour la tablette, mais les coûts du développement de Sailfish OS et les difficultés de production sont trop importants pour continuer (2015).

Le Jolla 1 avec le Fairphone sont les deux derniers smartphones grand public conçus en Europe d’un point de vue matériel. Mais en 2016, Jolla qui avait environ 150 employés a dû licencier, notamment dans les équipes en charge de la partie matérielle. Jolla ne conçoit plus d’appareil, mais se concentre sur Sailfish OS avec une cinquantaine d’employés.

Jolla ne vend plus que Sailfish OS

Fin 2015, le Fairphone 2 est commercialisé et la communauté arrive à porter Sailfish OS vers ce mobile. Début 2016, au MWC (Barcelone), Jolla révèle être en négociation avec la société Fairphone pour équiper ces nouveaux téléphones avec Sailfish OS. Le communiqué de presse cite le DSI de Fairphone (Olivier Hébert) : « Nous sommes emballés à explorer les opportunités de collaboration commerciale avec Jolla. » Nous savons aujourd’hui qu’aucun accord n’avait été trouvé (les Fairphones ne sont pas équipés de Sailfish OS), mais nous n’en connaissons pas la raison. Nous ne pouvons que supposer que cela coûtait moins cher à Fairphone de développer son propre Fairphone OS et Fairphone Open, plutôt que de payer Jolla pour Sailfish OS…

Depuis 2017, Jolla collabore avec Sony dans le cadre du programme Sony Open Devices et commercialise Sailfish X, une « ROM » à installer sur les Xperia X (F5121 et F5122). D’autres appareils Sony devraient pouvoir fonctionner sous Sailfish OS, notamment avec l’arrivée de Sailfish OS 3.0.

Jolla mise tout sur Sailfish OS v3

Pour la sortie de la v3, Jolla a organisé un grand évènement à Helsinki le 8 novembre 2018, l’équivalent d’une keynote ;-) pour Apple. La grande conférence, fut globalement très appréciée par les fans de Sailfish OS. En revanche, il faudra attendre la fin de l’année 2018 pour avoir toutes les fonctionnalités de cette v3.0.

Deux versions sont proposées au téléchargement (cf. le message publié sur le blog en anglais) :

  • Sailfish X Free trial, gratuit, moins de fonctionnalités ;
  • Sailfish X, à 50 €, compatible avec la JVM d’Android.

Nicolas Suffys résume la troisième mouture sur son blog JollaFr, qui suit l’aventure Jolla depuis le début :

  • nouveau menu principal : les paramètres rapides et les raccourcis sont désormais accessibles de partout ;
  • ambiances : nouveau look ;
  • chiffrement des données : le chiffrement de la carte mémoire est maintenant disponible ; le chiffrement du système de fichiers du périphérique fera son entrée dans les prochaines versions ;
  • nouveaux gestes du clavier : changez rapidement la disposition du clavier en un seul geste ;
  • stockage USB On‐The‐Go : connectez‐vous à différents types de périphériques de stockage externes ;
  • améliorations de l’appareil photo.

Alien Dalvik pour avoir les applications Android

Afin de bénéficier des applications Android, Jolla paye la société franco‐suisse Myriad pour intégrer Alien Dalvik à ses ROM. Cette compatibilité Android ne se trouve donc pas dans le portage de Sailfish OS par la communauté sur d’autres téléphones.

D’après l’annonce de la version 3 Lemmenjoki, le Jolla 1 restera actuellement à un équivalent d’Android 4.1, les autres téléphones mobiles (Jolla C, Intex Aquafish et Xperia X) resteront avec un équivalent 4.4. Jolla ne fait désormais plus que quelques opérations de maintenance sur Alien Dalvik pour l’équivalent 4.4. La version 4.1 du Jolla 1 n’est plus maintenue, ce qui engendre de plus en plus de problèmes de compatibilité. Par exemple, Trainline refuse toute connexion en provenance d’appareils Android de version inférieure à 5.

Les téléphones pris en charge

Les téléphones pris en charge sont le Xperia X (F5121 et F5122) mono SIM et double SIM, et depuis la v3 de Sailfish OS, moyennant encore quelques limitations (pas de NFC, pas de pilote pour la radio FM…) : les Xperia XA2 dans toutes leurs déclinaisons.

Il semblerait que le Xperia XA2 et ses déclinaisons puissent recevoir une nouvelle couche de compatibilité basée sur Andbox, si l’on en croit le message de juhani dans l’une ses réponses dans le blog de Jolla. Il nous faut attendre les prochaines annonces de Jolla sur ce point. Voir également plus loin, dans le présent article, le point consacré à Andbox.

Il est assez remarquable de noter que le Jolla 1, sorti il y a plus de cinq ans désormais, est toujours maintenu. Il a reçu la dernière mise à jour avec la version 3.0, étant entendu que les limitations matérielles de cet appareil font qu’il ne pourra certainement pas bénéficier de tous les avantages de Sailfish X sur les appareils Sony (et notamment la couche Alien Dalvik). En tout cas, le Jolla 1, tout comme le Jolla C, l’Intex Aquafish (converti en Jolla C) et les Xperia X, viennent de recevoir la dernière mise à jour en 3.0.0.8. Les notes de publication de la version 3 sont disponibles.

Actuellement, sous réserve des limitations liées aux versions d’Alien Dalvik mises en œuvre (4.1 pour le Jolla 1, 4.4.4 pour le Jolla C, l’Intex Aquafish et le Xperia X), tous les mobiles sous Sailfish OS, à l’exception des portages, bénéficient de cette machine virtuelle Android fonctionnelle. Ils peuvent exécuter les applications issues des dépôts F-Droid, d’Aptoide et du Google Play Store (comme Google Maps ou Firefox, par exemple). De quoi étoffer la quantité d’applications disponibles, étant précisé que pour le Google Play Store, il est parfaitement possible de s’en passer en installant l’application Yalp disponible dans les dépôts Jolla et F-Droid.

Le Jolla Phone (the first one et malheureusement the last one) vient de fêter ses cinq ans. Le blog de Jolla en profite pour rappeler les principales expérimentations qui furent faites autour du Jolla phone, dont certaines ont même fait l’objet de petites commercialisations : the other half.

Il semblerait qu’actuellement sur les 50 000 appareils vendus, 10 000 seraient encore actifs.

Enfin, pour être complet, deux précisions complémentaires :

  • Jolla est très avare de chiffres, mais affirmer que le Jolla 1 demeure encore à ce jour la plus grosse masse des utilisateurs de Sailfish OS pourrait être considéré comme parfaitement plausible ;
  • la communauté a porté et porte Saifish OS sur tout un tas de téléphones mobiles et de tablettes, dont une liste est disponible. Dans ce cas, Sailfish OS ne contient pas Alien Dalvik, pour des problèmes évidents de licences, et les mises à jour ne se feront pas automatiquement.

Points à améliorer

Le navigateur fourni dans Sailfish OS est obsolète et doit être mis à jour.

Pendant un moment, l’application SailSecure permettait des appels en VoIP (chiffrés), mais cela n’a pas duré. SailSecure était basée sur l’application Android LibreSignal, une bifurcation (fork) de Signal sans les dépendances Google Cloud Messaging. Mais Signal a demandé de ne pas utiliser ses serveurs. Du coup, LibreSignal et SailSecure ont dû arrêter leur développement. Donc, pour passer des appels en VoIP, une application Android doit être utilisée : Conversations, Signal

L’application courriel de Sailfish OS ne permet pas de signer ses courriels avec GPG. En revanche, l’application K-9 Mail est parfaitement opérationnelle, et fait d’ailleurs mieux que l’application de courriel native. Du coup, GPG peut être utilisé grâce à OpenKeychain.
La gestion des protocoles OpenPGP et S/MIME pour la signature des courriels a été implémentée dans le cadriciel de gestion de courriel hérité de Qt : voir le commit introduisant une nouvelle interface et deux greffons permettant de gérer les signatures électroniques. Plusieurs demandes d’inclusion dans Mer sont en cours de revue pour permettre d’utiliser ces nouvelles capacités depuis le QML et donc, à terme, l’application de courriel native.
Par ailleurs, le fonctionnement de GnuPG est en cours d’intégration dans le système d’exploitation. Quand une application (ou la ligne de commande) utilise le cadriciel GnuPG et demande à l’utilisateur d’entrer des mots de passe, c’est un dialogue système qui est affiché, de la même manière que GNOME Shell ou KDE peuvent le faire.

L’application modRana était une application très appréciée sur Sailfish OS qui permettait d’avoir la navigation GPS en mode déconnecté (les cartes enregistrées sur le téléphone). Mais celle‐ci ne fonctionne plus depuis que Jolla a changé son API. Depuis, les deux équipes ne semblent pas coopérer. :-(
Une alternative est l’application Android OsmAnd, parfaitement fonctionnelle, sous réserve que Jolla corrige le problème relativement récent de notifications Android qui vient quelque peu polluer le haut de l’écran et, par conséquent, vient masquer régulièrement la direction à prendre. Une vraie application native serait cependant préférable. OsmAnd est encore capable de tourner avec le Jolla 1, mais avec son unique gibioctet de mémoire vive et son petit processeur, il faut être patient, surtout quand il faut recalculer l’itinéraire. ;-)

Une demande récurrente des clients est d’améliorer la qualité du magasin d’applications pour Sailfish OS, car il y a trop d’applications abandonnées et de qualité médiocre. Il faudrait que tous ceux qui le souhaitent viennent donner un coup de main. Tel est le cas, par exemple, de l’excellente application gPodder.

Le magasin d’applications Openrepos complète le magasin officiel géré par Jolla. Mais les applications que nous y trouvons sont considérées comme instables ou expérimentales, bien que certaines finissent par rejoindre le magasin officiel. Les auteurs de cette dépêche ne s’en sont jamais servi, les mises à jours de Sailfish OS pouvant être problématiques. En effet, il semble qu’il faille désactiver Openrepos avant de faire une mise à jour.

Rappelons que Jolla c’est une petite équipe qui tâche de résister à la pression des GAFAM. Un article sur Engadget, aux titre et sous‐titre évocateurs, leur a été consacré. Jolla n’a pas la capacité financière de mener tous les fronts simultanément et cherche vraisemblablement à faire évoluer ce qui leur paraît prioritaire. Par exemple, le forum TJC est toujours dans une ancienne version et Jolla n’a pas encore pu le faire évoluer. La version 3.0.1 de Sailfish OS est désormais sur les rails.

Russie

La Russie a maintes fois montré son intérêt pour ce système d’exploitation, qui a le mérite de ne pas être états‐unien (contrairement à Android, iOS et Windows Phone) et sans doute la proximité culturelle et géographique avec la Finlande où est basée Jolla. D’ailleurs, la Poste russe a décidé de faire un appel d’offre pour équiper son personnel avec ce système. Cela permettrait à Jolla de bénéficier d’entrées financières importantes et de développer son activité.

Depuis 2018, Jolla est manifestement devenue une entreprise détenue d’un point de vue capitalistique « russe ». En suivant le fil de discussion, vous trouverez un schéma permettant de visualiser l’organisation capitalistique de Jolla. En outre, la Russie tache de construire son propre système d’exploitation pour mobiles à partir d’Open Mobile Platform. Pouvons‐nous parler d’une divergence (fork) ? Quel est le degré de collaboration entre Open Mobile Platform et Jolla ? Mais soyons clairs : ce sont les Russes qui ont permis à Jolla de ne pas sombrer.

La première tablette russe intégrant un processeur ARM Salyut-EL24PM (en 40 nm !) et Sailfish OS serait actuellement présentée par une entreprise russe.

Cela est par ailleurs amusant, si Tizen est soutenu par un grand constructeur, Jolla le serait par un grand État. De quoi peut‐être garantir à ces systèmes plus de possibilités de réussir dans ce marché. À suivre…

Sailfish OS n’est pas 100 % libre

Notons que Sailfish OS n’est pas un système libre, toute la couche graphique ne l’est pas. Et certaines applications maisons ne le sont pas non plus, même si l’ensemble repose sur les technologies libres.

Il est peut‐être possible de considérer Sailfish OS comme certainement une des alternatives les plus abouties, mais qui reste encore à la moitié du gué. La compatibilité Android n’est qu’un pis‐aller pour combler les lacunes du magasin Jolla en applications natives. Il peut être considéré comme regrettable que certaines grosses entreprises en France et en Europe qui se plaignent des positions dominantes du GAFAM ne cherchent pas à promouvoir ce système conçu en Finlande, c’est‐à‐dire en Europe. Et le « basculement russe » risque de ne pas aider, compte tenu des tensions diplomatiques actuelles.

Une partie de la communauté semble regretter qu’aucun accord de licence et/ou de collaboration puisse intervenir entre Jolla et l’entreprise finnoise HMD Global, cette dernière étant constituée d’anciens collaborateurs provenant de Nokia et de Microsoft, et a repris, suite à l’échec de Microsoft sur ce marché, la fabrication sous licence Nokia/Android de téléphones et smartphones sous la marque Nokia. Des regrets que l’on peut retrouver sur TJC ou dans le blog de Jolla.

Beaucoup regrettent l’abandon par Jolla de la partie matérielle du mobile. Le Jolla 1 était ouvert aux bricolages de toute nature grâce à des contacts électriques disponibles sous le capot. Il n’avait pas de récepteur FM ? Qu’à cela ne tienne, des bidouilleurs s’étaient penchés sur la question. Vous vouliez un clavier intégré ?

Enfin, précisons que l’un des fondateurs et ex‐président de Jolla, Antti Saarnio, travaille désormais sur les écosystèmes sur mobile et la blockchain au travers notamment de Zippie OS. Opère‐t‐il depuis Jolla Hong Kong ? Le site Web de Zippie ne contenant pas de mention légale, ne nous permet pas de l’affirmer. A priori non, si l’on en croit la FAQ. Jolla fait partie des partenaires de Zippie.

La documentation pour les développeurs se trouve sur le site de Sailfish OS, ainsi que le schéma de l’architecture.

Nemo Mobile, le petit dernier

logo Nemo Mobile

Nemo Mobile est un effort de la communauté Mer pour obtenir un équivalent de Sailfish OS complètement libre, notamment avec le projet Glacier UX, qui consiste à réécrire sous licence libre, une couche graphique comme celle de Sailfish OS.

Necuno Solutions a annoncé le 10 décembre dernier une collaboration avec Nemo Mobile puis le 12 décembre avec Replicant. Leur objectif principal est de travailler vers un écosystème mobile plus ouvert, transparent et sûr. Selon leur site Web, l’objectif de Necuno Solutions est de fournir un choix alternatif aux utilisateurs pour qu’ils aient le contrôle de leur appareil mobile. Necuno Solutions est également une entreprise finlandaise. A‐t‐elle été montée par des anciens de Jolla en charge de la partie matérielle et licenciés en 2016 ? Un nouveau projet à suivre ? En cherchant un peu plus, nous remarquons que Necuno Solutions « collabore » avec beaucoup d’autres projets : KDE/Plasma, Maemo, etc., et cela peut nous interroger sur la pérennité et la solidité de cette entreprise.

Niveau Dépôt Git
Environnement graphique https://github.com/nemomobile-ux
Couches basses https://github.com/nemomobile
          Qtopia   →     OPIE
        (Trolltech)   (Communauté)
             |
       Qt Extended → QtEI → QtMoko
         (Nokia)      (Communauté)
             \
       Maemo  \       Moblin 
      (Nokia)  \     (Intel)
          \_____\______/
                |
              MeeGo
         (Nokia et Intel)
              /      \
           Mer        Tizen
      (Communauté)  (Samsung)
       /      |   \     
Sailfish OS  Nemo  \ 
   (Jolla)  Mobile  AsteroidOS                      
             (Communauté)

Un cousin, AsteroidOS est également dans l’arbre généalogique, mais celui‐ci n’est pas pour les téléphones. AsteroidOS est une alternative à Wear OS, essentiellement pour les montres connectées, comme ce financement participatif pour une montre connectée française. Notons aussi que depuis 2016, Sailfish OS réutilise des concepts d’AsteroidOS pour le projet Sailfish watch.

Conclusion

Ceci n’est pas le chapitre conclusion. 😮

— Ah, mais elle est où la conclusion ? 🤔

— Ben, dans les commentaires ! 😜

Eh oui, chacun a son avis : les échecs, les spéculations, les succès, le positif…

Restons bienveillants dans nos réactions : même si nos arguments sont différents, nous sommes tous globalement d’accord pour avoir davantage de contrôle sur nos téléphones ; pas besoin d’utiliser des mots agressifs. 😘 😍

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Liste des auteurs

Cette dépêche en plusieurs parties à suivre est une œuvre collective. Mais les coupés‐collés entre les parties ne permettent pas de garder automatiquement une trace de toutes les contributions. Que les auteurs soient donc remerciés, en particulier Nicolas Suffys, qui nous a autorisé à reproduire un extrait de son article sur Sailfish, mais aussi _oliver_h, TuxMips, BAud, teoB, quent57, RyDroid, Christophe Chapuis, Adrien Dorsaz, karteum59, pulkomandy, Trollnad Dump, gle, xev, ZeroHeure, Intendant_zonard, Benoît Sibaud, ʭ ☯ , j, Maderios, palm123, Thomas Debesse, Brndan, raphj, Franck Routier, be_root, Bruno Michel, Goffi, hitmanu, olibre et guitou.


Cette dépêche est sous licence CC BY-SA 3.0.

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par TuxMips, Oliver, teoB, yPhil, Davy Defaud, ZeroHeure, Damien Caliste, palm123, BAud, Benoît Sibaud, Takayanagi

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