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DLFP - Dépêches  -  Vision pour LILA et ZeMarmot

 -  Décembre 2018 - 

Imaginez un studio de film, avec des artistes et techniciens qualifiés, qui travaillent sur des films ou des séries intéressantes… et qui les partagent sous une licence libre, pour être visibles par tous, partout (télé, cinéma, Web…), partageables et réutilisables.

Imaginez maintenant que ce studio utilise essentiellement du logiciel libre (et du matériel libre, si disponible), qu’ils le corrigent, voire le modifient et l’améliorent au besoin, aussi bien pour des logiciels finals (tels que GIMP, Blender, Inkscape…), de bureau (tel GNOME), voire jusqu’au système d’exploitation (GNU/Linux) et tout le reste !

Voici donc mon rêve pour l’association à but non lucratif LILA et pour le projet ZeMarmot (notre premier film, d’animation). C’est ce que je vise depuis le début, mais je me dis que ce n’était peut‐être pas suffisamment clair.

Si vous aimez ce rêve, je vous encourage à nous aider en donnant par Patreon, Tipeee, Liberapay, ou tout autre moyen (donation directe bancaire, PayPal, etc.). Car, comme toute association à but non lucratif, LILA et ZeMarmot vivent par et pour vous !

Si vous voulez lire plus, je rajoute des détails ci‐dessous !

Joyeuse année, par LILA


Note : Il s’agit d’une copie du même article publié sur notre journal de production.

Sommaire

Mon emploi actuel

Au niveau personnel, j’ai récemment été engagé pour un an par le CNRS pour développer du code touchant à GIMP et G’MIC. J’ai peu de salaire stable depuis quelques années, et je suis donc content que ce soit pour travailler sur GIMP (ce que j’ai fait bénévolement ou peu payé pendant six ans) !
Pour ajouter un peu de contexte, l’équipe de G’MIC m’avait d’abord proposé de travailler sur un greffon pour Photoshop, ce que j’ai poliment refusé. Je n’ai rien contre Photoshop, mais ce n’est sûrement pas le boulot de mes rêves. Le projet fut alors retravaillé pour que je puisse continuer à travailler avec GIMP. Deux projets principaux ont été identifiés :

  • la gestion d’extension dans GIMP, ce dont j’avais déjà parlé (sans savoir à l’époque que je serais engagé pour cela), puisque cela aidera beaucoup G’MIC à être installé ; j’en profiterai aussi pour améliorer les extensions de manière générale (ce que je prévoyais d’ailleurs depuis le début) ;
  • l’implémentation de leur algorithme de colorisation intelligente dans GIMP ; ce projet vint de ma propre initiative quand ils m’ont proposé de travailler ensemble, car cela rentrait très bien dans mes propres plans, et rendrait enfin leur super‐algo « utile » (l’interaction dans G’MIC est des plus douloureuses !) ; j’en reparlerai dans un article dédié, mais voici pour vous donner une idée : Démo de la colorisation intelligente dans GIMP

Et ZeMarmot dans tout ça ?

ZeMarmot est mon projet adoré (de même que celui d’Aryeom). Je le chéris et c’est là que je vois un futur (pas forcément ZeMarmot en soi, mais là où ça va mener). Ainsi, même si j’ai une autre source de revenu temporaire, je voudrais réitérer que si vous aimez ce que j’ai fait jusque‐là, alors c’est à ZeMarmot qu’il faut donner. Financer ZeMarmot est le seul moyen de me permettre de continuer à améliorer GIMP sur le long terme.

Je vois cette année avec le CNRS comme une opportunité de permettre à ZeMarmot de s’épanouir. Car, soyons clair, ce n’est pas encore le cas. Chaque année, nous répétons la routine de demander votre aide et, d’ailleurs, nous sommes très peu doués sur ce point (quand je vois notamment que les autres assos et fondations ont commencé leurs campagnes de dons depuis un mois !). Nous sommes essentiellement des techniciens (développeurs, animateurs, etc.) et nous sommes vraiment nuls en marketing. Donc, voici notre demande à la dernière seconde !

À ce jour, nous sommes financés à peine au dessus des 1000 € par mois, ce qui ne permet même pas de payer un salaire à temps plein au minimum légal en France. Ainsi, en 2018, LILA a été capable d’engager Aryeom (réalisation et animation) et moi‐même (développement) en moyenne six jours par mois. C’est peu ! Pourtant, c’est ce qui nous a fait vivre. On a estimé qu’il faut au moins 2 100 € par mois pour une personne et, qu’en vrai, nous avons besoin de 5 000 € par personne pour un salaire raisonnable et des conditions de travail acceptables (nous avons vu d’ailleurs que la fondation Blender fait aussi cette même estimation), même si cela reste sous les prix du marché. Notre financement actuel est donc quatre fois trop petit pour un minimum déraisonnable, et dix fois sous le minimum raisonnable. Sans même parler de la lointaine possibilité d’engager plus de gens. Triste, hein ?

LILA en deux mots

LILA est enregistrée officiellement en France comme une association à but non lucratif, selon les termes de la loi de 1901. Son numéro d’activité est celui d’une production de film, lui donnant un statut vraiment unique qui lui permet d’engager des gens pour la production de films libres, ce qui est fait depuis trois ans.

Le but de cette production n’est pas l’enrichissement d’actionnaires quelconques (il n’y en a pas). Nous voulons créer nos œuvres, les faire connaître et passer au projet suivant. Car nous aimons ce que nous faisons. C’est pour cela que ZeMarmot est sous licence Creative Commons By-SA 4.0, permettant à chacun de télécharger le film, le partager avec amis et famille, et même de le vendre ou de le modifier ! Sans blague ! Nous proposerons même chaque image source avec les calques !

En outre, LILA paye de vrais salaires pour chaque participant. En effet, nous ne considérons pas que « Art libre » signifie « œuvre au rabais » ou même « amateurisme ». C’est un projet sympa ? Oui. Mais c’est aussi professionnel.

Si LILA était soudainement financé au‐dessus de toutes nos espérances, cela ne se transformerait pas en des salaires indécents. Simplement, LILA pourrait embaucher plus de personnes pour réaliser des superbes films et logiciels plus rapidement et ainsi rendre le monde de l’Art plus agréable. C’est ça être une association à but non lucratif !

Et le logiciel libre alors ?

Là, c’est l’autre aspect du studio : nous utilisons uniquement des logiciels libres ! Non seulement cela, mais nous en développons aussi ! Je ne parle pas de libérer un script interne, mal codé et utilisé par trois personnes dans le monde tous les 36 du mois. Nous faisons notamment partie de l’équipe de développement de GIMP ! Ces dernières années, un quart des commits de GIMP sont les nôtres (ce qui peut être aisément vérifié, en particulier les commits à mon nom, « Jehan », de même que ceux d’Aryeom et Lionel N.) Je suis aussi à l’origine de la relaxe de notre politique de sortie pour que nous sortions davantage de versions de GIMP avec de nouvelles fonctionnalités (cela fait des années que je le demandais et ce fut finalement acté à partir de GIMP 2.10.0 !). Il me semble évident que LILA a eu une contribution positive et importante pour GIMP.

Bien sûr, GIMP est donc notre projet logiciel principal, ce qui n’a pas empêché divers correctifs ici ou là dans d’autres logiciels, parfois majeurs ! Sans compter nos rapports de bogues très réguliers, quand nous n’avons pas le temps de corriger nous‐mêmes… Nous sommes aussi des utilisateurs importants de tablettes graphiques, nous avons des contacts avec des développeurs de Wacom et Red Hat (nous sommes d’ailleurs désolés, nous savons que nous pouvons être un peu chiants parfois avec nos bogues ! 😛). Et ainsi de suite. Ainsi, la seule chose nous empêchant d’en faire plus est le temps. Nous avons besoin de plus de mains, ce qui ne peut être amélioré que si notre financement nous permet enfin d’engager de nouveaux développeurs.

Aussi, soyons clairs : ce n’est pas un truc temporaire. Nous croyons tout simplement aux logiciels libres. Nous pensons que c’est la chose à faire, que chacun doit avoir accès aux meilleurs logiciels et que c’est ainsi que peuvent être faits les meilleurs logiciels. Je le disais d’ailleurs : je développe environ un quart du code de GIMP. Cela signifie que trois quarts ne sont pas réalisés par moi. Et c’est sans parler de GEGL (le moteur graphique de GIMP). En d’autres termes, je ne pourrais pas en faire autant seul. J’adore travailler avec certains autres développeurs les plus brillants que j’ai eu l’occasion de rencontrer. En plus, les autres développeurs de GIMP sont également sympas et agréables. Que demander d’autre ? C’est ça, le logiciel libre.
C’est ainsi que l’utilisation et la contribution au logiciel libre est dans les statuts de notre studio, notre « contrat en tant que studio à but non lucratif », et cela ne disparaîtra donc pas.

2018 en revue

Une revue rapide des choses que j’ai menées à bien en 2018 :

  • 633 commits, soit près de deux commits par jour en moyenne, dans la branche master de GIMP (sans compter ce qui est dans les branches de fonctionnalités, mon travail en cours), plus mes correctifs dans divers projets que nous utilisons (GEGL, glib, GTK+, libwebp, Appstream…) ;
  • aider le projet MyPaint à préparer une nouvelle sortie de libmypaint version 1 (espérons début 2019), et la création du paquet de données mypaint-brushes — maintenant un paquet officiel de MyPaint ;
  • la création et la maintenance continue du Flatpak de GIMP sur Flathub (d’après ce qu’on nous a dit, le logiciel le plus téléchargé de Flathub !) ;
  • la sauvegarde automatique des images en cas de plantage de GIMP ;
  • outils de débogage (traces d’exécution, infos de plate‐forme…) ;
  • prise en charge basique des écrans à haute résolution (HiDPI) sur GIMP 2.10 (et plus à venir pour le futur GIMP 3) ;
  • travail en cours pour la gestion d’extension dans GIMP ;
  • maintenance de diverses données (icônes, brosses, appdata, etc.) de GIMP ;
  • travail sur les tablettes et périphériques d’entrée ;
  • mentorat pour un stagiaire FSF (amélioration de la prise en charge de JPEG 2000) ;
  • correction de la plupart des cas d’enfer de DLL des greffons sous Windows (problème majeur il y a encore peu !) ;
  • revue et amélioration de nombreuses fonctionnalités (redressement d’image dans l’outil de mesure, libheif, libwebp, greffon de capture d’écran, texte vertical dans l’outil texte, et bien plus) ;
  • l’option de colorisation intelligente dans l’outil de remplissage.

Et probablement plein de choses que j’oublie… J’aide aussi à la maintenance du site et à l’écriture d’article sur gimp.org (63 commits cette année). Et tout cela sans compter les correctifs sans rapport avec GIMP que je fais aussi (par exemple pour les méthodes d’entrée en Coréen) ou les nombreux rapports de bogues que nous écrivons ou aidons à corriger (notamment en étant les premiers à installer GNU/Linux sur une Wacom MobileStudio, ou du moins les premiers à en parler, des bogues furent corrigés jusque dans le noyau et Wayland).

Quant à Aryeom, en 2018, elle a beaucoup travaillé sur ZeMarmot, bien sûr (l’animation requiert énormément de boulot ; un jour, on devra peut‐être donner plus d’information sur le sujet), nous rapprochant davantage de la sortie du pilote (à ce sujet, nous avons récemment créé un compte Instagram où Aryeom poste régulièrement des images et vidéos courtes de son travail en cours, pour qui est intéressé !). Elle a aussi participé à des projets tiers (nous rappelons que ZeMarmot ne peut financer que quelques jours par mois pour l’instant !), tels qu’un jeu de société interne pour l’association « Petits Frères des Pauvres », une vidéo marketing pour le logiciel libre Peertube, des designs de pin’s pour la Free Software Foundation. Elle a aussi donné quelques cours de peinture numérique et retouche avec GIMP à l’université.

Travaux d’Aryeom en 2018, hors ZeMarmot

Bien sûr, elle préférerait passer tout son temps uniquement sur ZeMarmot. Mais encore une fois, on a besoin de vous pour permettre cela !

Le Futur

Comment je vois notre futur ? Dans quelques années, on pourra payer plusieurs artistes (réalisatrice, animateurs, artistes peintres, musiciens, etc.). LILA sera enfin un studio, certes petit, mais productif.

Et, bien sûr, cela signifie aussi plusieurs développeurs, donc plus de contrôle sur nos outils de production libres. J’ai tellement de rêves ! Enfin un éditeur vidéo stable et puissant sans être tordu (en contribuant au Blender VSE, à Kdenlive ou d’autres projets) ? Et quand aurons‐nous des outils de composition professionnels maintenus (2018 fut un peu triste) ? Sans parler de communication entre outils pour éditer des fichiers XCF dans GIMP, voir les changements en direct dans Blender, etc. ? Tant d’espoirs ! Tant de rêves à réaliser si l’on avait le financement !

Les rêves peuvent se réaliser si vous aidez !

Que pouvez‐vous y faire ? Vous pouvez aider ce studio à devenir viable. Me faire engager par le CNRS est cool pour moi, mais un peu triste pour le projet. Cela signifie notamment un manque d’indépendance. Sans compter que c’est une situation encore très précaire et temporaire. Ce n’est pas une situation stable, ni de long terme.

Si nous atteignions 5 000 € par mois en 2019, cela serait un premier pas énorme pour le projet et la preuve de viabilité du rêve de studio libre.

Nous aiderez‐vous à créer un studio d’animation libre ? Le graphisme professionnel 2D libre est à notre porte. Il lui faut juste un peu d’aide pour lui permettre de passer le pas de porte ! 🙂 Donc :

Passez de bonnes fêtes de fin d’année ! Et joyeuse nouvelle année !

Et pour voir notre petite vidéo animée marrante de fin d’année, c’est par ici !

Commentaires : voir le flux atom ouvrir dans le navigateur

par Jehan, palm123, ZeroHeure, Xavier Teyssier, Davy Defaud, Pierre Jarillon

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